Entretien avec Cristina, assistante Comenius espagnole

Cristina Rodriguez Arrias est une assistante espagnole pour une petite année dans le cadre du projet Comenius. A la fin de son séjour chez nous, elle a acceptée de répondre à nos questions lors d’un entretien organisé au sein de notre établissement. Elle nous livre ses sensations et son ressenti par rapport à son année passée en France…

1. Bonjour Cristina, comment êtes-vous arrivée en France ? Pourquoi ?

Grâce à mon frère Jose. Il a une amie qui a eu aussi cette bourse en Angleterre. Il connaît bien mes envies de devenir professeur, et comme j’étais au chômage et j’avais fini mes études… j’ai profité pour la demander. Le choix du pays a été toujours clair, j’étudie la langue française depuis l’âge de douze ans, et j’adore la langue, le pays… J’ai vraiment envie de le bien connaitre et de réussir à parler mieux le français.

2. Qu’avez-vous apporté de Galicie ? d’Espagne ? Y a-t-il une différence ?

Pas grand-chose, quelques brochures de Galicia pour montrer les beaux paysages de ma région. À la rentrée de Noël j’ai apporté du «“Turrón”, c’est un dessert Espagnol de Noël, on dirait qu’il ressemble à du nougat. J’ai apporté aussi des tablettes de chocolat pour faire du chocolat chaud épais, et aussi de la liqueur de café galicienne. Des choses que vous n’avez pas ici, ce sont des choses régionales typiques.

3. Est-ce que l’arrivée dans le département de la Haute Savoie fût difficile ? En quoi oui, en quoi non ?

Il fut difficile parce que ma famille, mes amis, mes habitudes sont loin… et surtout les horaires… c’est-à-dire, manger à midi, dîner à 20 heures… Je n’étais pas habituée à cela, mais sinon ça va. Et la langue, le premier mois c’était très difficile comprendre les conversations qui se passent devant moi, essayer de m’expliquer ou de m’exprimer devant les autres… je ne veux pas y penser. Heureusement ma tutrice est bilingue. Mais c’est vrai que l’accueil a été extraordinaire, tout le monde s’ai très inquiété pour moi. Ils ont fait des efforts pour m’intégrer et pour essayer que je sois comme chez moi. MERCI.

4. Que pensez-vous du rôle de l’assistante dans un établissement ?

À mon avis, c’est un rôle qui aspire à ouvrir l’esprit aux élèves vers l’Europe. Et aussi à tous ceux qui ont un lien avec l’établissement. Montrer comment cela se passe dans d’autres pays, et surtout voir qu’il y a plus de choses en commun qu’on ne pense. C’est prendre conscience que, petit à petit, nous marchons sur le même chemin : l’Europe, et pour y arriver il faut se connaitre mieux. J’aime, aussi, penser que c’est une aide pour l’établissement qui me reçoit, dont il a vraiment besoin.

5. Que pensez-vous apporter aux établissements dans lesquels vous enseignez ?

Grâce à cette expérience, et à la possibilité de travailler dans différents établissements, en différents métiers, avec différents professeurs, je crois que j’ai une vision plus grande de la culture, de l’enseignement qu’avant. À mon avis, ces expériences t’ouvrent plus l’esprit pour pouvoir travailler avec plus de flexibilité et plus capacité d’adaptation. De toute façon, je ne vais pas dire que c’est donné… Je trouve que c’est un métier très dur, il faut la vocation…

6. Comment partagez-vous votre temps ?

Je travaille du lundi au vendredi, mais quatre jours au Lycée les trois vallées, et un jour au lycée Jeanne Antides. Pendant la semaine je fais à peu près 17 heures, mais après ça dépend des élèves qui sont en stage ou des sorties scolaires… j’aime bien que l’horaire soit flexible pour l’adapter aux besoins de l’établissement. Je vais avec les professeurs de Français, Histoire Géographie, Education Civique, Méthodologie, T.E.P. (Temps d’Echanges Personnels), Physique, STP, et parfois le professeur d’anglais me permet d’assister à ses cours. Je donne aussi des cours d’espagnol, surtout pour les élèves qui voudraient partir l’année prochaine en stage en Espagne.

7. Quelles différences faites-vous entre l’enseignement en Espagne et l’enseignement en France ?

Je ne peux pas parler de tout l’enseignement, mais par rapport à ce que je connais je trouve plus ouvert l’enseignement en France, c’est-à-dire, il y plus de chemins possibles pour arriver au même endroit. Et surtout, on peut changer d’idée, et il ne faut pas tout recommencer forcement. Aussi, ce qui m’a choqué c’est que l’enseignement est très pratique, et ça se voit dans les stages qui permettent aux élèves de connaître le monde du travail et aussi peuvent appréhender si se sont vraiment les métiers qu’ils aiment ou qu’ils n’aiment pas.

8. Quelle place selon vous tient l’enseignement de l’Espagnol en France ?

Maintenant, comme en Espagne, la langue puissante c’est l’anglais. Je crois qu’on l’étudie surtout comme deuxième langue près de la frontière, comme ici avec l’italien, et je trouve tout à fait utile de le faire comme ça.

9. Quel est l’importance du français en Galicie ?

D’abord, il faut dire que La Galicie c’est surtout une région d’émigrants. Et la plus part sont venus en France, en Suisse ou en Allemagne. Je crois qu’un galicien sur trois peut avoir une petite conversation en français, au moins chez-moi… toutes les familles ont quelqu’un en France. Dans les lycées c’est aussi la deuxième langue étrangère, même si nos frontières plus proches sont celles de Portugal. Et quand je fais mes études, c’était obligatoire pendant deux ans. C’est vrai qu’il y a au moins 20 ans tous les élèves au lycée étudiaient le français comme première langue obligatoire.

10. Qu’est-ce qui vous manque le plus depuis que vous êtes arrivée en France ?

Le plus c’est la famille, les amis… Et surtout La Galicie, le sens de l’humour des galiciens, la façon de voir la vie… je crois qu’il y a une grande différence. Aussi la nourriture, malheureusement je n’aime pas le fromage… et c’est vrai qu’ici c’est encore plus important que là-bas. Chez moi on mange beaucoup de viande. Et une chose qui me manque beaucoup c’est pouvoir m’exprimer sans problèmes, sans peur de ne pas être comprise ou de ne pas comprendre, pouvoir parler de tout sans être limité par le vocabulaire que je connais. C’est pour cela qu’il me manque beaucoup le galicien, ma langue.

11. Qu’est-ce que vous appréciez le plus en Haute Savoie ?

La chose qui m’a le plus surprise c’est la politesse des gens. C’est incroyable de voir comme ils sont toujours prêts à t’aider. Une chose très important c’est le paysage, c’est magnifique, vous avez de la chance de pouvoir compter avec la montagne, la vraie montagne et le lac. C’est une combinaison fantastique. En plus, je trouve que ce n’est pas trop humide, il ne pleut pas beaucoup… Vraiment il y a de belles vues, on peut rester en les regardant sans rien faire…

12. Qu’est-ce qui vous gêne le plus ou qu’appréciez le moins en Haute Savoie ?

Je trouve que c’est une région très faite pour le tourisme. Mais ça n’est pas quelque chose de gênant. Et une autre fois, les horaires, le soleil il se couche très tôt en hiver (par rapport à mes habitudes), à dix-sept heures en décembre c’est la nuit, on ne peut que rester chez-nous. C’est vrai, il me manque des heures de soleil.

13. Avec quoi repartirez-vous de la France? Quelle idée en garderez-vous ? Quels objets, livres ou recettes emporterez-vous dans votre valise vers la Galicie ?

Je partirai avec l’envie de rester… chaque jour j’aime plus ce pays, cette langue… (bien que ce soit très difficile à apprendre). C’est vraiment un pays plein de choses à découvrir. Si je quitte La Galicie plus tard, j’habiterai en France. L’idée que j’ai appris de la France c’est surtout qu’elle n’est pas un pays uni comme on pense, c’est-à-dire, il y a beaucoup de régions, plein de variété. Toute la France n’est pas pareille, tous les français ne sont pas pareils.

J’espère avoir dans ma valise la place pour des livres, surtout pour un livre que j’ai trouvé à Paris : Metronome… j’adore lire en français, et aussi pour quelques recettes : des crêpes, (je sais, c’est tellement évident pour vous) et des gâteaux de chocolat… . Et quelques brochures touristiques. Bien sûr, je n’oublierai pas d’apporter la musique que des amis m’ont passée.

14. Souhaiteriez-vous rester en France ou en haute Savoie ? Pourquoi ?

J’aimerais bien rester en France, mais c’est vrai, pas pour longtemps ; un, deux ans… pour améliorer la langue et pour connaitre autres régions où j’ai envie d’aller… surtout en Bretagne. Mais, c’est vrai que j’ai toute ma vie en Galicie… ce n’est pas si facile. Mais, je me permets de rêver de temps en temps.

15. Avez-vous pu faire connaissance avec la Suisse ? Est-ce que ce pays vous tente ?

Je suis allée à Genève, à Montreux, à Lausanne… J’ai fait presque le tour du Lac Léman, et j’ai trouvé super beau le paysage, mais la Suisse ne me tente pas, au moins autant que la France.

16.Avez-vous pu connaître des haut-savoyards ?

En fait je n’ai pas connu beaucoup de haut-savoyards, il y a beaucoup de gens qui n’a pas des origines haut-savoyards… Je trouve qu’ils sont très polis et très discrets.

17. Que pensez-vous des jeunes français ? Sont-ils différents des jeunes espagnols ?

Je pense qu’ils sont comme les jeunes espagnols, si bien qu’ici il y a plus de diversité de cultures, et ça c’est une chose que me manque en Galicie, car c’est la diversité qui fait une région plus riche. Je pense qu’ici ils sont aussi plus polis qu’en Espagne.

18. Pensez-vous que la jeunesse a conscience de l’importance de l’Europe ?

Je pense qu’ils en ont plus conscience qu’il y a quelques années, et que les prochaines générations en auront heureusement encore plus conscience. Je crois qu’il faut mettre plus l’accent sur ce sujet, l’Europe c’est l’avenir (si ce n’est pas déjà le présent). C’est dommage qu’il y a beaucoup de gens qui pensent pas comme ça, des personnes qui n’arrivent jamais à comprendre pourquoi c’est tellement important d’appartenir à l’Union Européenne.

19. Vous sentez-vous aujourd’hui Européenne ?

Bien sûr, plus que jamais. C’est plus facile à comprendre l’Union Européenne quand on a de la chance de bouger dans l’Union Européenne. D’abord c’est tellement confortable de voyager avec la même monnaie, sans passeport, avec tous les droits de citoyen européen, et les devoirs… enfin, je crois que c’est là où on peut mieux comprendre les avantages. Mais si on approfondit plus, on peut voir que c’est vraiment enrichissant, pour chaque pays, de pouvoir partager nos expériences pour nous aider à avancer ensemble vers l’avenir.

20. Souhaitez-vous enseigner le français ? Ou une autre matière ?

C’est mon rêve dès que j’étais petite, en fait, quand j’ai passé le bac je pensai faire des études de français… mais finalement on dira qu’il y a plusieurs chemins pour arriver au même endroit, et j’espère que cela sera aussi le mien.

21. Est-ce que ce poste d’assistante vous a préparée au métier d’enseignante ou à autre chose ?

Le poste d’assistante aide à connaitre mieux l’enseignement, c’est une belle façon de t’approcher du fonctionnement d’un établissement ; pour avoir un premier contact avec les élèves, les autres enseignants, toutes les personnes qui font marcher un lycée. Et surtout, ce poste-là m’a aidé pour apprendre la langue, car la seule façon d’apprendre une langue c’est aller au pays même. Et ça c’est une chose que je ne pourrais pas faire dans un lieu meilleur qu’ici.

22. Reviendrez-vous en Haute Savoie? Garderez-vous un contact avec la Haute Savoie ? Comment et pourquoi ?

Bien sûr, j’espère… J’aimerais bien montrer la Haute Savoie à mes amis, ma famille… et surtout revoir toutes les personnes que j’ai eu le plaisir de connaitre ici, et qui m’ont tellement aidées. MERCI.

23. Conseilleriez-vous à une personne de vivre cette expérience européenne ?

Sûr et certain. En fait pendant que j’étais ici il y a de gens qui m’ont envoyé des mails pour avoir des renseignements. C’est une expérience incroyable, et qu’il faut vivre. Si un jour j’arrive à devenir professeur j’espère donner cette chance à quelqu’un.

24. Qui sont Erasmus ? Leonardo ? Comenius ? Socrate ? Grundtvig ?

Je dois dire que j’ai eu besoin de chercher… parce que je ne connaissais pas tous. ERASMUS est le « European Region Action Sheme for the Mobility of University », mais son icône est Erasmo de Rotterdam (XV-XVIe) hollandais, humaniste, philosophe, théologien. LEONARDO sont des bourses inspirés de Leonardo Da Vinci, un grand personnage polyvalent du XV-XVI siècle. COMENIUS, (WVII) tchèque studieux, fut le père de la pédagogie et un grand précurseur de l’étude des langues. GRUNDTVING, (XVII.XVIII) fut un des idéologues des universités populaires.